Entre sommets pyrénéens et rivages méditerranéens, l’eau modèle le paysage des Pyrénées-Orientales. Elle circule à la surface, dans des milieux variés et visibles, mais elle s’écoule aussi de manière invisible, dans de vastes réservoirs souterrains. Cet ensemble de circulations naturelles constitue le grand cycle de l’eau, qui relie les milieux de surface et les milieux souterrains à l’échelle du territoire.

Comprendre ces milieux complémentaires, à la surface comme sous terre, permet de mieux mesurer leur rôle vital pour les habitants, l’environnement et la biodiversité, ainsi que leur fragilité face aux pressions humaines et au changement climatique.
LES EAUX SUPERFICIELLES
Dans les Pyrénées-Orientales, l’eau superficielle parcourt un chemin remarquable : sur quelques dizaines de kilomètres, elle descend des sommets pyrénéens jusqu’à la Méditerranée. Cette trajectoire façonne une succession de milieux aquatiques très différents et riches tels que des lacs de haute altitude, des cours d’eau, des zones humides de plaine, des lagunes côtières et la mer. Chacun de ces milieux joue un rôle propre dans le fonctionnement écologique du territoire.
Six grands fleuves structurent le département, dont 4 s’écoulent d’Ouest en Est : l’Agly, la Têt, le Réart et le Tech. Nés dans les massifs pyrénéens, ces 6 cours d’eau traversent successivement vallées et plaines, avant de se jeter dans la Méditerranée.
À ces 4 s’ajoutent 2 autres fleuves qui prennent naissance dans les Pyrénées-Orientales : le fleuve Aude qui s’écoule vers la Méditerranée en traversant le département de l’Aude, et le Sègre dont les eaux rejoignent celles de l’Ebre en Espagne. Leur réseau est complété par de nombreux cours d’eau secondaires, les affluents, qui irriguent le territoire et modèlent les paysages.
Un bassin versant correspond à un territoire naturel où toutes les eaux de pluie s’écoulent vers un même cours d’eau principal. Ce découpage permet de comprendre la circulation de l’eau et constitue un cadre essentiel pour sa gestion, qu’il s’agisse de garantir une qualité de l’eau pour tous, d’anticiper les crues, de faire face aux sécheresses ou de répondre aux besoins d’irrigation.
La gestion de l’eau à l’échelle de chaque bassin versant est confiée à des syndicats mixtes, structures qui assurent notamment l’entretien des cours d’eau, la prévention des inondations et la préservation des milieux aquatiques, dans le cadre de la compétence GeMAPI (Gestion des Milieux Aquatiques et Prévention des Inondations) :
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le SMTBV pour la Têt,
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le SMBVA pour l’Agly,
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le SMIGATA pour le Tech-Albères,
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le SMBVR pour le Réart,
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CC Pyrénées Cerdagne pour le Sègre
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SMMAR pour le bassin de l’Aude

Moins visibles mais tout aussi indispensables, les marais, prairies inondables ou encore tourbières assurent plusieurs fonctions naturelles : ces zones humides stockent temporairement l’eau lors des pluies, et la restitue en période sèche en filtrant une partie des polluants. Elles constituent également des habitats précieux pour une biodiversité spécialisée, souvent rare et protégée.


Dans les Pyrénées-Orientales, les lacs de montagne comme ceux de l’Aude ou des Bouillouses offrent des paysages emblématiques des hauts plateaux. Alimentés par les neiges et les pluies, ils conservent une eau d’une grande pureté et abritent une biodiversité adaptée aux conditions d’altitude. Très prisés des randonneurs et des pêcheurs, ces sites allient beauté naturelle et fragilité écologique, rappelant l’importance de préserver ces milieux d’altitude.


Sur la frange méditerranéenne, de vastes étendues d’eau saumâtre comme l’étang de Canet-Saint-Nazaire ou de Salses-Leucate forment des écosystèmes remarquables. Leur situation intermédiaire entre mer et continent leur confère une grande richesse écologique, mais aussi une forte vulnérabilité. Ces milieux jouent un rôle majeur pour la reproduction des poissons et l’accueil des oiseaux migrateurs, tout en restant exposés aux pressions humaines et à l’évolution du climat.


Leur préservation est assurée au quotidien par des syndicats mixtes dédiés : le Syndicat Réart pour l’étang de Canet-Saint-Nazaire, le Syndicat Rivage pour celui de Salses-Leucate.
La Mer Méditerranée borde le département à l’Est sur près de 72 kilomètres de côte. Elle influence le climat, conditionne les activités maritimes et participe à l’identité du territoire. Ressource vivante, l’eau du littoral abrite et nourrit les écosystèmes marins et côtiers et contribue à la richesse biologique de la région.
- Joyau de la Côte Vermeille, l’espace naturel protégé entre Banyuls et Cerbère est la première Réserve Naturelle Marine créée en France en 1974.


Le littoral catalan abrite deux espaces naturels protégés d’exception : la Réserve Naturelle Marine de Cerbère-Banyuls, première du genre créée en France en 1974, et le Parc naturel marin du Golfe du Lion, premier parc marin de Méditerranée, créé en 2011 sur plus de 4 000 km².
LES CHIFFRES DU TERRITOIRE

LES EAUX SOUTERRAINES

Sous la surface du sol, certaines roches contiennent de minuscules cavités, appelées pores, pouvant représenter jusqu’à 20 % de leur volume. L’eau de pluie s’infiltre dans ces pores, y circule lentement et s’accumule au fil du temps. Ces roches poreuses forment de véritables réservoirs souterrains invisibles, appelés aquifères. L’eau qui y est stockée est désignée sous le terme de nappes.
Dans les Pyrénées-Orientales, les principaux aquifères se trouvent sous la plaine du Roussillon, où des couches successives de sables et de graviers déposés par les fleuves forment un vaste réservoir souterrain. Un autre type de réservoir souterrain existe dans le département : le karst. Contrairement aux aquifères de la plaine, où l’eau s’infiltre lentement à travers les pores de la roche, l’eau d’un karst emprunte un réseau de fissures et de galeries creusées naturellement dans la roche calcaire, ce qui lui permet de circuler beaucoup plus vite. Ce type de formation se trouve au nord du département, dans le massif des Corbières, où le karst entretient des liens étroits avec les cours d’eau de surface et se recharge directement grâce aux pluies.
Dans les Pyrénées-Orientales, les aquifères fournissent près de 95 % de l’eau potable. Cette ressource souterraine contribue également à maintenir un débit suffisant dans les cours d’eau durant les périodes les plus sèches de l’année et est mobilisée pour l’irrigation agricole.
Dans les Pyrénées-Orientales, le principal ensemble karstique est celui des Corbières, au nord du département. Ce vaste massif calcaire s’étend sur près de 500 km² entre la vallée de l’Aude et la plaine du Roussillon, au nord et à l’ouest de l’étang de Salses-Leucate. Le système le plus important en termes de ressource est celui du Bas-Agly. Il est alimenté principalement par les infiltrations de l’Agly et le Verdouble, et par les pluies qui tombent sur le massif. Cette eau souterraine alimente des sources (dont celle de Font Estramar et de Font Dame, en bordure de l’étang de Salses-Leucate) et en profondeur les nappes du pliocène de la plaine du Roussillon.
Le plus grand système aquifère du département se situe sous la plaine du Roussillon, constitué par les sédiments des grands fleuves déposés au fil des temps géologiques. Il abrite deux types de nappes superposées :
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Les nappes du quaternaire, récentes et proches de la surface,
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Les nappes du pliocène, plus anciennes et profondes.
Ces deux réservoirs se complètent mais présentent des caractéristiques très différentes, ce qui impose une gestion adaptée à chacun.
Ces nappes se sont formées au Quaternaire, la période géologique la plus récente, commencée il y a environ 2,58 millions d’années. Située près de la surface, elle se recharge relativement vite grâce aux pluies et aux échanges avec les canaux et les cours d’eau. En revanche, sa faible profondeur la rend plus vulnérable aux pollutions et aux variations climatiques.

Formée il y a plusieurs millions d’années, au cours du Pliocène, ces nappes se situent en profondeur, parfois jusqu’à environ 200 mètres sous la surface. Souvent protégées par des couches d’argile peu perméables, elles sont en principe moins exposées aux pollutions de surface. En revanche, leur recharge est lente, ce qui les rend vulnérables : lorsque les prélèvements dépassent durablement leur capacité de renouvellement naturel, leur équilibre se dégrade et leur pérennité et leur qualité sont dégradées.

Le karst est un type de réservoir souterrain qui se forme dans les massifs calcaires grâce des processus d’érosion de la roche par la pluie. Au fil du temps, ce processus façonne un réseau de fractures de plus en plus profondes qui finissent par former de véritables galeries souterraines, pouvant s’étendre sur plusieurs dizaines de kilomètres. L’eau s’y engouffre, circule et se stocke, constituant ainsi un ou plusieurs aquifères karstiques qui peuvent être exploités pour l’eau potable. À mesure que les cours d’eau creusent les vallées en surface, la circulation souterraine s’enfonce vers des niveaux toujours plus profonds, laissant les anciennes galeries à sec. Ce sont ces réseaux asséchés, dits « fossiles », que les spéléologues peuvent aujourd’hui explorer.

Dans ce système, l’eau circule rapidement à travers les galeries, ce qui permet de disposer de volumes parfois importants mais très variables selon les épisodes de pluie. Ce fonctionnement irrégulier rend cette ressource plus vulnérable aux pollutions de surface et son exploitation plus complexe à maîtriser.
D’autres formations karstiques, plus modestes, existent dans le département. C’est le cas près de Villefranche-de-Conflent, dans la vallée de la Têt, où l’eau souterraine est étroitement liée aux cours d’eau de surface, ou encore du côté de Corbère-les-Cabanes, en bordure du massif des Aspres.
LES CHIFFRES DU TERRITOIRE













