
L’eau est une ressource renouvelable, mais limitée.
De 2022 à 2025 les Pyrénées-Orientales ont vécu une crise de l’eau sans précédent. Rivières à sec, nappes au plus bas, villages privés d’eau potable : ce que le département a traversé n’est pas un accident climatique passager. C’est le signe concret d’un basculement durable, appelé à s’intensifier dans les décennies à venir.


CE QUE NOUS VIVONS DÉJÀ
Les Pyrénées-Orientales sont le seul département de France à avoir connu des restrictions d’eau continues depuis 2022. Cette crise ne s’est pas installée du jour au lendemain : elle est le résultat d’une dégradation progressive, année après année.
LES IMPACTS SUR LA RESSOURCE
Le changement climatique ne se résume pas qu’au manque de pluie. Il déséquilibre en profondeur le cycle de l’eau et, avec lui, tout ce qui en dépend : la disponibilité de la ressource, sa qualité, le risque d’inondation, la biodiversité des milieux aquatiques et l’ensemble de nos usages.
En France, il ne pleut pas forcément moins qu’avant en cumul annuel, mais la pluie se répartit différemment : les contrastes entre saisons et entre régions s’accentuent, en particulier en zone méditerranéenne où les pluies se concentrent sur de courtes périodes. Par ailleurs, la hausse des températures augmente l’évaporation de l’eau des sols, des rivières et des retenues.
Résultat : une part croissante de la pluie retourne dans l’atmosphère avant d’alimenter durablement rivières et nappes souterraines.
Cette raréfaction dégrade aussi la qualité de l’eau : avec des débits plus faibles dans les rivières, les polluants se concentrent au lieu d’être dilués, ce qui affecte à la fois l’eau distribuée et les milieux naturels.
Sur le littoral, la baisse des nappes côtières favorise en plus l’intrusion d’eau salée, qui peut rendre certains captages inutilisables.
Dans la plaine du Roussillon, l’eau potable provient surtout de deux ensembles de nappes souterraines aux profils bien différents : les nappes du Quaternaire, superficielles, et les nappes du Pliocène, plus profondes. Les nappes du Quaternaire sont alimentées par l’infiltration des eaux de pluie, mais aussi par les cours d’eau et les canaux d’irrigation, avec lesquels elles échangent en permanence. Cette proximité avec la surface les rend plus exposées aux pollutions et aux variations climatiques. Les nappes du Pliocène, à l’inverse, sont mieux protégées par des couches d’argile, mais elles se rechargent très lentement.
Les pluies récentes ont permis une remontée des niveaux, sans effacer complètement les déficits accumulés dans les nappes profondes. L’ensemble de ce système reste interdépendant : cours d’eau, canaux, nappes du Quaternaire et nappes du Pliocène s’influencent mutuellement, si bien que des prélèvements trop importants ou des forages mal conçus peuvent faire migrer l’eau des nappes du Quaternaire, les plus vulnérables, vers les nappes du Pliocène et les contaminer.

Protéger cette ressource suppose donc de limiter les prélèvements, d’équilibrer les usages entre les deux nappes et de sécuriser les forages.
Le réchauffement climatique intensifie les épisodes méditerranéens : un air plus chaud peut contenir environ 7 % de vapeur d’eau supplémentaire par degré, ce qui favorise des pluies plus fortes et plus concentrées dans le temps.
Lorsque ces précipitations intenses surviennent sur des sols déjà secs ou peu perméables, l’eau s’infiltre moins bien et ruisselle plus rapidement, augmentant le risque de crues soudaines et d’inondations. Dans les Pyrénées-Orientales, ce risque s’est déjà concrétisé à plusieurs reprises. L’Aiguat d’octobre 1940 reste un épisode de référence, avec des pluies exceptionnelles et des crues dévastatrices dans plusieurs vallées du département. Plus récemment, la tempête Gloria, en janvier 2020, a provoqué d’importantes inondations et des dégâts matériels dans l’Aude et les Pyrénées-Orientales, avec des routes coupées et des habitations touchées.
Ces événements rappellent que le territoire reste très exposé à des phénomènes brutaux, rapides et destructeurs, dont l’intensité peut être renforcée par le changement climatique.


Agriculture, eau potable, industrie, tourisme : tous les secteurs qui dépendent de l’eau doivent désormais composer avec une ressource raréfiée Les choix collectifs deviennent plus complexes : quels usages prioriser en cas de pénurie ? comment partager équitablement la ressource ? et imposent une coordination renforcée entre usagers, collectivités et services de l’État.
Pour approfondir ces enjeux et explorer les solutions à mettre en œuvre, retrouvez les travaux en lien avec la démarche Labo PO sur le diagnostic et les pistes d’adaptation pour le territoire face aux changements climatiques.












