Dans les Pyrénées-Orientales, l’eau manque. Mais elle peut aussi déborder. Sécheresse et pluies méditerranéennes parfois violentes dessinent un paradoxe que notre territoire apprend à affronter. La gestion intégrée des eaux pluviales (GIEP) répond à ces deux enjeux à la fois : au lieu d’évacuer la pluie au plus vite, elle invite à la retenir en partie, à l’infiltrer et à la valoriser là où elle tombe. Un changement de regard qui redonne à l’eau son rôle de ressource.

DU « TOUT-À-L’ÉGOUT » À LA GESTION INTÉGRÉE : 150 ANS D’ÉVOLUTION ET D’HISTOIRE À L’ÉCHELLE DE LA FRANCE
Avant l’urbanisation massive, la pluie suivait un cycle simple. Sur les surfaces naturelles, la majeure partie de l’eau de pluie s’infiltrait dans le sol pour recharger les nappes souterraines. Une autre partie était captée par les plantes, qui la transmettent à l’atmosphère par évapotranspiration. Seule une faible part ruissellait en surface.
Trois partenaires : l’eau, le végétal et le sol, formaient un tiercé gagnant.

À la fin du XIXe siècle, sous l’impulsion du courant hygiéniste pour éviter la propagation des maladies, les villes se dotent de grands réseaux unitaires : un seul tuyau collecte eaux usées et eaux pluviales pour les éloigner des habitations le plus vite possible. À Paris, la loi du 10 juillet 1894, dite du « tout-à-l’égout », rend le raccordement obligatoire. Le modèle s’impose ensuite dans toutes les grandes villes françaises. L’eau de pluie est alors considérée comme un déchet. Le tiercé eau-végétal-sol commence à se défaire : l’eau est séparée en partie du sol et, par extension, du végétal. Ce choix du tout-en-un porte en lui une fragilité : en mêlant eaux usées et eaux de pluie dans une seule canalisation, le réseau et les stations d’épuration deviennent vulnérables aux fortes pluies, qui peuvent les saturer et provoquer le rejet d’eaux non traitées vers le milieu naturel.

Après 1945, les villes adoptent progressivement des réseaux séparatifs : deux canalisations distinctes, l’une pour les eaux usées dirigées vers les stations d’épuration, l’autre pour les eaux pluviales rejetées au milieu naturel. Le trio reste rompu, l’eau continue d’être pensée sans le sol ni le végétal.
À partir des années 1980, les limites du modèle deviennent évidentes. Les territoires méditerranéens, dont les Pyrénées-Orientales, sont en première ligne face à des épisodes pluvieux brutaux tels que les épisodes méditerranéens. Les crues meurtrières de Vaison-la-Romaine en 1992 précipitent l’adoption, la même année, de la grande loi sur l’eau, qui impose pour la première fois un zonage pluvial aux communes.
Aujourd’hui, c’est le paradigme de la gestion intégrée qui s’impose : ne plus évacuer la pluie comme un déchet, mais la valoriser là où elle tombe, en s’appuyant en priorité sur des Solutions Fondées sur la Nature. C’est un retour assumé au tiercé gagnant, adapté à la réalité urbaine contemporaine.

A PROBLÉMATIQUE INDUITE PAR L’AUGMENTATION DE L’URBANISATION : LE CAS DE PERPIGNAN
En treize ans, entre 2009 et 2022, les Pyrénées-Orientales ont perdu 2 513 hectares de terres naturelles ou agricoles au profit de l’artificialisation, soit l’équivalent de près de 3 930 terrains de football. Cette expansion s’est accompagnée d’une imperméabilisation massive des sols : routes, parkings, lotissements et centres commerciaux ont progressivement remplacé les espaces naturels.
Perpignan est passée d’environ 72 000 habitants dans les années 1950 à près de 120 000 aujourd’hui.

Sur les surfaces très imperméabilisées, le cycle de l’eau s’inverse : l’infiltration devient minime et le ruissellement devient majoritaire.
Les conséquences sont multiples :
-
saturation des réseaux lors des orages et pluies fortes,
-
déversements d’eaux polluées dans les cours d’eau, inondations urbaines,
-
absence de recharge des nappes souterraines,
-
îlots de chaleur,
-
perte de biodiversité (notamment celle du sol).
QU’EST-CE QUE LA GESTION INTÉGRÉE DES EAUX PLUVIALES ?
La gestion intégrée des eaux pluviales (GIEP) vise à restaurer le cycle naturel de l’eau en infiltrant la pluie au plus près de sa source, grâce à des ouvrages simples et intégrés aux aménagements (définition de l’Alliance HQE-GBC, 2025).
Concrètement, il s’agit d’éviter que la pluie ne rejoigne les réseaux et les stations d’épuration, en lui redonnant la possibilité de pénétrer dans le sol là où elle tombe.
Cette approche répond à cinq grands enjeux simultanément :

LE SOL, ACTEUR MÉCONNU DU CYCLE DE L’EAU
Un sol vivant n’est pas seulement un support : c’est un écosystème qui rend de multiples services tels que :
-
production de biomasse alimentaire,
-
stocke et épure l’eau,
-
abrite une immense biodiversité,
-
séquestre du carbone,
-
soutient nos constructions.
LE SAVIEZ-VOUS ?
Une cuillère de sol en bonne santé contient jusqu’à un milliard d’organismes vivants. Ce sont eux qui rendent le sol perméable, filtrant et fertile.
Lorsque l’on bitume ou bétonne, ces fonctionnalités sont dégradées en cascade : imperméabilisation, compaction, pollution, baisse de la biodiversité, érosion.
Préserver et restaurer les sols, c’est donc une condition essentielle pour que l’eau de pluie puisse retrouver son rôle dans le cycle naturel.
QUELLES SONT LES SOLUTIONS POSSIBLES ?
Plusieurs aménagements permettent de gérer l’eau à la source. On les classe par ordre de préférence en trois grandes familles, choisies selon l’espace disponible et l’usage du lieu.
Ces solutions priorisent l’utilisation du végétal et du sol pour capter, filtrer et infiltrer l’eau. Au lieu de ruisseler sur les surfaces imperméables, l’eau de pluie est dirigée vers des espaces végétalisés où elle s’infiltre. Les plantes en absorbent une partie, et leurs racines maintiennent un sol aéré (moins compact) et donc plus perméable, qui laisse à son tour l’eau rejoindre les nappes. Ces aménagements végétalisés favorisent le développement de la biodiversité via des corridors écologiques et offrent un cadre de vie agréable en créant des espaces de loisirs et de bien-être, tout en luttant contre les îlots de chaleur urbains.
Les jardins de pluie, de noues végétalisées (fossés larges et plantés), les toitures végétalisées ou encore les arbres de pluie sont des aménagements amorcent un système vertueux : ils restaurent le cycle naturel de l’eau.
Lorsque l’espace doit rester circulable ou praticable (parkings, trottoirs, allées, PMR), il existe des matériaux alternatifs au bitume classique qui permettent à l’eau de s’infiltrer en surface : pavés à joints élargis, pavés poreux, dalles engazonnées, enrobés drainants. Le choix se fait selon la fréquentation du lieu (piétons, vélos, véhicules).


Dans les secteurs urbains denses où aucune surface n’est disponible, des solutions enterrées prennent le relais : tranchées d’infiltration, chaussées à structure réservoir, puits d’infiltration, bassins enterrés. Elles s’adaptent aux contraintes de densification urbaine.
UN ACCOMPAGNEMENT DU DÉPARTEMENT POUR LA GESTION DES EAUX PLUVIALES
Le service de l’eau du Département accompagne les collectivités dans la mise en œuvre de la gestion intégrée des eaux pluviales (GIEP). Il apporte un appui technique et financier, soutient les démarches des communes et intercommunalités, et assure également une animation interne et externe autour de cette thématique afin de sensibiliser les acteurs locaux aux enjeux d’une meilleure gestion de l’eau de pluie dans les projets d’urbanisme.















