Le Palais des rois de Majorque accueille l’exposition de l’artiste Bernard Nicolau du 3 avril au 10 mai 2026
Vernissage le vendredi 17 avril à 18h30
Ancien de l’école des Beaux-Arts de Perpignan Bernard Nicolau est installé en Conflent. Il conçoit son travail comme un spectacle souvent accompagné de musiques, donnant à voir une œuvre qui se veut impressionnante par ces dimensions, ses couleurs vives et son côté humoristique.
D’abord entre abstraction et propagande, on en voit de toutes les couleurs : rouges brûlants, noirs aigus, mauves insolites, blancs aveuglants éclatent sur la toile ou le papier collé dans un style d’imagerie populaire dont le savant tracé sous-jacent – le dessin, probité de l’art selon Ingres – muscle la vigueur et l’ironie. Ce brassage de candeur, d’agressivité et de poésie de foire, cette voracité d’avant Noé pour croquer humains et ânes qui doutent, c’est clair, de la culture occidentale polychrome, ça sent son dada. Mais non. Dada, c’est chic, intello et en 1920. Rien à voir avec Nicolau et cet élan vital de ses pulsions plastiques !
Ce peintre de tempérament canalise son énergie dans les grands formats et les tripotages du papier collé. Sa patte convertit en matière et peinture les images brutes récupérées dans le vaste champ du quotidien puis fouille la pâte avec une volupté qui ourle des rythmes onctueux. Mais la main reste sous contrôle du mental pour prolonger le passage de la brosse ou saturer le plan. Tout ça, c’est le métier. Ensuite ?
Ensuite, c’est le réalisme, non merci sans façon ! La figuration n’est pas narrative. Ou plutôt le modèle a fini par se dissoudre au sein d’un décor noyé sous le fond blanc de la toile, l’essentiel sortant d’un visage et plus rarement d’un corps découpé à traits secs, parfois au bord de la caricature. Bouleversé dans ses structures par les scansions de la touche, le portrait sera réédifié comme à coups de poings dans une cruelle charge de technicolor burlesque. Tonus – rêverie, candeur – férocité, éclat – silence, sarcasme – pitié, tant d’ambivalence étonne, trouble et agresse. Mais après le sourire elle mène à la réflexion. Voyons, voyons se dit-on.
Pour trouver du nouveau, Baudelaire plongeait dans l’inconnu. Nicolau, lui, piège dans le connu, l’inconnu et ses contradictions, c’est-à-dire lui, ou vous, ou moi. En tous cas l’Autre désemparé et en attente, tel qu’il refuse de se voir ou de voir son propre visage, disons son masque de prédateur ou d’ahuri, siège d’ambiguïtés et de configurations hagardes.
Dérision de ces êtres qui ne font pas dans la demi-teinte. Mais pourquoi ? Ces équipiers du Clan ou ce Bigassis pétrifié sur sa chaise, quelle réponse inespérée attendent-ils d’un Godot qui ne vient pas ? Quels espoirs couvent-elles, ces créatures de cirque – que nous sommes ? Elles ont perdu d’avance et ont la rage stoïque. Alors si pour Romain Gary, l’humour était l’art de perdre, c’est cet art qu’a choisi Nicolau pour réveiller la peinture.