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Vierges à l'Enfant médiévales

Vierge à l'Enfant de PlanèsAu printemps 2010 débuta l'étude de l'ensemble des Vierges à l'Enfant médiévales conservées dans les Pyrénées-Orientales, sous la direction de Jean-Bernard Mathon, responsable du CCRP.

Conduit par Guillaume Dalmau et Catherine Rogé-Bonneau, chargés d'inventaire et de documentation, en collaboration avec Christiane de Castaigner et Isabelle Desperamont-Jubal, restauratrice de bois polychrome, ce vaste travail de recherche commença en amont par l'étude des fonds d’archives publiques et privées, une collecte de photographies anciennes, le dépouillement de la bibliographie existante. Puis, un recensement sur le terrain de chacune des oeuvres s’est déroulé entre 2010 et 2013. Ces visites in situ ont permis d’établir un examen détaillé des statues, un constat d’état sanitaire, des préconisations de traitements de conservation, de prélever un échantillon de bois pour identification, de faire des prises de vues professionnelles, de recueillir des informations auprès de témoins...

Nous vous proposons ici de découvrir, commune par commune, chacune des 150 Vierges à l'Enfant que nous avons recensé ainsi que les premières conclusions que nous ont offert l'étude de ce corpus en matière de stylistique et d'étude technique des oeuvres.


En savoir plus sur cette thématique : Le corpus exhaustif des Vierges à l'Enfant
                                                                   → Stylistique des Vierges à l'Enfant médiévales
                                                                   → Étude technique des œuvres

               

Le corpus exhaustif des Vierges à l'Enfant médiévales

Le corpus comprend actuellement 150 Vierges. Seulement 7 sont datables du XIIe siècle, et 33 du XIIIe siècle. La moitié des statues sont du XIVe siècle. Nous avons identifié un groupe assez homogène de 22 Vierges réalisées sans doute entre la fin du XIIIe et le début du XIVe siècle. 14 Vierges sont du XVe siècle. Les Vierges romanes sont extrêmement peu nombreuses, même si l’on a continué à produire très tard des Vierges à l’Enfant assises. Ces Vierges assises sur un trône, datées du XIVe siècle – et pour certaines du XIIIe – que l’on a eu coutume de nommer Vierges de « tradition romane »

Au total nous disposons de 109 Vierges assises pour 41 debout. Toutes les statues du XIIe, XIIIe et début XIVe siècles sont assises. Au XIVe siècle 60 % sont encore assises, alors qu’au XVe siècle 80 % sont debout.
Si l’on exclut les 12 statues volées ou disparues, 72 % sont propriété communale et 17 % appartiennent à des particuliers ; les autres sont propriété de l’État, du Conseil général ou d’associations. 80 % sont conservées in situ dans des églises.

Toutes ces données ont fait l'objet d'une publication aux Presses Universitaires de Perpignan. L’objectif essentiel de la publication de ce corpus des Vierges à l’Enfant médiévales des Pyrénées-Orientales est de mettre à disposition des historiens d’art, conservateurs, scientifiques, historiens, restaurateurs et anthropologues un outil de travail afin d’approfondir l’étude de ces oeuvres du point de vue stylistique, technique, historique et des pratiques dévotionnelles

Découvrez ci dessous le corpus exhaustif des Vierges à l'Enfant médiévales recensées :

Notices des oeuvres réalisées par Guillaume Dalmau et Catherine Rogé-Bonneau, chargés d'inventaire et de documentation au CCRP66.

Crédit photos : Dinh Thi Tien, Marc Michalczak, Archives départementales des Pyrénées-Orientales, Archives départementales de la Gironde, Archives de la médiathèque de l'architecture et du patrimoine, Archives de l'association des amis de Mathias Delcor, Archives des AOA des Pyrénées-Orientales, Archives du diocèse de Perpignan-Elne, Arxiu Mas - Institut Amatller et les Collections particulières.


     Bibliographie indicative :


    N. Camos, Jardín de María plantado en el Principado de Cataluña, Girona, éd. Josep Bró, 1772, 424 p.    
    (première édition 1657 à Barcelona).
    J.-A. Brutails, Notes sobre l’art religiós en el Rosselló, Barcelona, Biblioteca del Centre Excursionista  
    de Catalunya, Imp. L’Avenç, 1901, 266 p.
    M. Delcor, Les Vierges romanes de Cerdagne et de Conflent dans l’Histoire et dans l’Art, Barcelone, éd.   
    Raphael Dalmau, 1970, 120 p.
    M. Delcor, « Les vierges romanes tardives du Roussillon dans l’histoire et dans l’art », Les Cahiers de   
    Saint-Michel-de-Cuxa
, n° 15, Codalet-Prades, 1984, p. 101-131.
    T. Heilbronner, Ikonographie und zeitgenössische Funktion hölzerner Sitzmadonnen im romanischen   
    Katalonien
, Hamburg, 2013, 426 p.
    L. Just, Ermitages du diocèse de Perpignan, Perpignan, Imp. Tastu, 1860, 205 p.
    J.-B. Mathon -dir-, Romanes et gothiques, Vierges à l’Enfant restaurées des Pyrénées-Orientales, Per-   
    pignan, Éd. Silvana, 2011, 263 p.
    C. Rogé-Bonneau, S. Massegu, Inventaire des églises et clochers des Pyrénées-Orientales, Perpignan,   
    Éd. Conseil général des Pyrénées-Orientales, 5 vol., 2000, n.p.
    M.-P. Subes et J.-B. Mathon -dir-, Vierges à l’Enfant médiévales de Catalogne : mises en perspectives.   
   Corpus des Vierges à l'Enfant (XIIe-XVe siècle) des Pyrénées-Orientales
, coll. Histoire de l'Art n°5, 
    Presses Universitaires de Perpignan, Perpignan, 2013, 487 p.

Stylistique des oeuvres

Sous les nombreux exemples dans lesquels Marie apparaît comme Sedes Sapientiae (une composition marquée par une stricte frontalité, la Vierge assise sur un siège avec l'Enfant sur ses genoux qui fait le geste de la bénédiction de sa main droite, tandis qu’il présente le livre avec la gauche), il existe un grand nombre de variantes.
Ces différences ne dépendent pas seulement des tendances et des ateliers, mais elles se retrouvent aussi dans la composition, les attributs et leurs petits détails, les diverses gestuelles des personnages, la forme du siège ou du trône, les aspects de l'habillement, y compris les couronnes et, quand on l’a préservé, dans le revêtement polychrome.
Par ailleurs, nous devons toujours garder à l'esprit que les classements sont effectués sur les œuvres qui sont conservées, ou bien étudiées récemment, et que par conséquent il nous manque souvent des statues plus importantes provenant de certains centres monastiques et de certaines cathédrales. De plus, il faut ajouter que de nombreuses œuvres ont été transformées, modifiées, voire endommagées.

A l'époque romane


Hormis le cas particulier de la Vierge noire de Belloch (Dorres), l'analyse des statues de la Vierge de la période romane dans la Catalogne du nord nous ramène à définir essentiellement deux groupes, non sans variantes. Tout d'abord, il y a la série prototype de laquelle est issue la Vierge de Corneilla de Conflent, et qui compte parmi elle des exemples remarquables dans les territoires du Conflent et de la Cerdagne. Le second groupe est marqué par une série de sculptures qui sont situées dans la Cerdagne et les domaines de l’ancien évêché d'Urgell, et qui comprend, entre autres, les Vierges d’Hix (Bourg Madame) et de Targasonne.

La Vierge à l'Enfant de Corneilla-de-Conflent

Vierge de Corneilla-de-ConflentLes caractéristiques techniques et la composition de la Vierge de Corneilla ont fait qu’elle a été considérée comme le prototype d’une série de statues conservées dans les églises du Conflent et de la Cerdagne, mais aussi du versant sud des Pyrénées. Ses traits caractéristiques ont été associés à plusieurs statues en bois du Conflent et de la Cerdagne, constituant ainsi une série typologique très cohérente : les Vierges de Planès (Cerdagne), de Saint-Martin d'Odeillo (Font-Romeu, Cerdagne), du sanctuaire d’Err (Cerdagne) ou celle disparue de Sainte-Marie de Prats-Balaguer (Conflent). Au-delà des limites que nous devons traiter dans un sens strict, nous considérons qu'il y a d'autres statues qui peuvent être classées dans la même sphère, comme la Vierge d’Olopte (Isòvol, Basse Cerdagne), qui fournit un niveau de qualité et de détail comparable. On peut encore établir un rapport typologique avec d’autres exemples, notamment dans la région de la Garrotxa, sur le versant sud des Pyrénées, tels que la statue de la Vierge del Tura, de la ville d’Olot.
La Vierge a été datée de la seconde moitié du XIIe siècle, sans précisions. Dans l'état actuel des choses, il est difficile de spéculer sur l'origine de cette statue et de celles afiliées, particulièrement sur l'emplacement de l'atelier où elles furent réalisées. Il est possible qu’elles aient été le produit d'un centre monastique ou d'une cathédrale puissante. De l'autre côté des Pyrénées, Ripoll a été un important centre de production de mobilier liturgique. Le rôle de cette abbaye catalane, exercé dans tous les domaines, est pleinement reconnu : politique, spirituel, culturel et, bien sûr, artistique. Elle peut nous permettre de définir un contexte approprié pour la production de statues, au moins dans son environnement immédiat.

Les Vierges de l'évêché d'Urgell

Vierge d'HixLe deuxième groupe, très bien délimité aussi, est traditionnellement daté de la seconde moitié du XIIe siècle et le dénominateur commun de la série est, semble-t-il, l’appartenance des églises d’origine à l'évêché d'Urgell.
Parmi les exemples les plus marquants on trouve la Vierges d’Hix, conservée in situ, et celle de Targasonne, volée. Dans la partie sud occidentale de la Cerdagne, nous y localisons l’exemple le plus remarquable de la série, la Vierge de Ger (conservée au MNAC), et celle du sanctuaire de Bastanist (disparue en 1936). Ce groupe, qui a été classé par Gudiol depuis 1950, est caractérisé par une composition toujours frontale et rigide, avec des figures enfermées, des épaules étroites, et une taille très raffinée et précise. Certaines de ces statues sont aussi caractérisées par leurs vêtements, et particulièrement une pièce en forme de chasuble. On peut y ajouter un exemple du Pallars, également dans les limites du diocèse, en particulier de l'église de Santa Maria de la Torre.
Il est plausible d'imaginer l'emplacement de l'atelier responsable de cette série de statues autour de la cathédrale de La Seu d'Urgell, tel que cela fut démontré pour le mobilier liturgique et, particulièrement, le devant d’autel des Apôtres de la Seu d’Urgell et celui d’Hix. De plus, en se tournant vers la sculpture sur bois, on peut associer le style des Vierges à celui de quelques crucifix. C’est le cas du Christ de Saint-Martin d’Envalls (Angoustrine, Cerdagne) qui présente d'indéniables parallèles stylistiques avec la Vierge de Ger. À partir de ces données, nous pourrions accepter l'existence d'un atelier actif à La Seu d'Urgell et son évolution, responsable de ce groupe de statues.

Extraits de l'article de Jordi Camps,
"Les Vierges de la Catalogne du Nord à l’époque romane",
in Romanes et gothiques : Vierges à l'enfant restaurées des P-O.

 

A l'époque gothique


Après cette floraison de Vierges jusque dans le premier quart du XIIIe siècle, il semble qu’un arrêt de la production ait eu lieu, ou du moins on ne trouve pas d’équivalent direct du style gothique francilien tel qui se développe à Paris dans les décennies médianes du XIIIe siècle. Les circonstances historiques qui ont suivi la bataille de Muret en 1213 avec notamment la signature du traité de Corbeil en 1258 qui marque la frontière entre France et Catalogne, peuvent en partie expliquer le retard de la pénétration du style gothique en Catalogne.
En effet, une seule Vierge tout à fait isolée, pourrait se rapporter au style du milieu du siècle (la Vierge del Pessebre). La production semble reprendre une certaine figueur à la fin du XIIIe siècle et tout au long des XIV et XVe siècles avec de nouvaux groupes d'oeuvres

La Vierge del Pessebre
Vierge del PessebreProvenant de l'abbaye de Saint-Michel de Cuixà, on ne possède aucune indication sur sa réalisation, si ce n’est qu’elle matérialise un culte plus ancien. Toutefois, le style de cette petite Vierge, dont le manteau montre des plis tuyautés qui tombent droit, et un geste élégant de la main droite qui retient un pan de son manteau dont le revers est dessiné d’une riche fourrure de vair, atteste la connaissance d’un art de cour. Les vestiges de la coiffure de l’Enfant, dont les cheveux longs s’enroulent en boucle au niveau des oreilles, attestent aussi la connaissance de la mode de cette époque. Le voile de la Vierge court s’accorde également avec des exemples de sculptures de la décennie 1270. Toutefois cette Vierge n’apparaît-elle pas comme d’un style gothique très affirmé, et sa très petite taille en dit aussi toute la timidité.
Cette Vierge, dont on ignore le contexte artistique au sein duquel elle fut conçue, a été certainement célèbre et vénérée, car selon le même phénomène que pour celle de Corneilla-de-Conflent, elle a été plusieurs fois copiée. Ainsi la Vierge de Tartera (Cerdagne) ou encore celles de Notre-Dame del Coral à Prats de Mollo (Vallespir), de Notre-Dame de Les Grades à Marcevol (Arboussols) et  la Mare de Déu de l'Ecaleta à Palau de Cerdagne (Cerdagne) font écho à la Vierge del Pessebre de Cuixà.

Statues monumentales de la fin du XIIIe siècle

Vierge aux dragonsL’ère que l’on peut appeler « proprement gothique » (expression de Peter Kurmann), débute réellement avec l'exécution de statues assises monumentales comme la Vierges aux dragons de Vinça (Conflent) ou encore Notre-Dame dels Correchs à Perpignan (Roussillon). De ces oeuvres, se dégage la véritable pénétration du gothique tel qu’il s’est constitué au sein de l’architecture gothique rayonnante à Paris autour de 1250.
La Vierge de Vinça (90 cm de haut) présente d’importants points communs avec la Vierge de Bell-Ull du cloître de Girona. Ces ressemblances ne doit pas faire perdre de vue que la Vierge de Vinça par son rafinement et la souplesse de sondrapé paraît appartenir à un stade plus avancé du gothique. Une datation pour vers la fin du XIIIe siècle peut être avancée.
Placée dans la chapelle qui porte son nom à la cathédrale de Perpignan, Notre-Dame dels Correchs est là aussi une statue de grande taille (104 cm de haut). La même maîtrise des drapés et la posture de l'Enfant ne trouvons guère d’équivalent qu’à Vinça. Le sculpteur est sans doute venu d’ailleurs comme le laisse présumer les étroites parentés avec une sculpture de sainte au livre, conservé au Museu Nacional d'Art de Catalunya, et dont la provenance commingeoise est attestée par une inscription sur le socle de la statue. De tels rapprochements conduisent à se tourner vers Toulouse, comme centre majeur de création en ce tournant du XIIIe et XIVe siècles.

Vierges à l’Enfant assises de la fin du XIII ou du début du XIVe siècle

Vierge de SerrabonaA la suite de cette production de Vierges assises monumentales, à la fin du XIIIe et au début du XIVe siècle, a été réalisée une grande série de Vierges assises de plus petites dimensions (hauteurs comprises entre 50 et 60 cm) que l’on retrouve dans de nombreuses paroisses nord-catalane.
Il est difficile de préciser à quel modèle, ces oeuvres se rattachent précisément ; d'ailleurs peut-être que le modèle exact a disparu. En effet nous n’avons conservé aucune des Vierges sculptées des grands couvents des ordres mendiants en plein essor à Perpignan à partir du milieu du XIIIe siècle. Dominicains, Franciscains, Carmes et d’autres encore, possédaient certainement des statues qui devaient être célèbres et vénérées si l’on en juge par le succès de leurs ordres au sein de la capitale. Ainsi bien que ce vaste ensemble de statues dont les caractéristiques semblent se regrouper autour de la Vierge de Serrabona, rien ne permet véritablement de la désigner comme « chef de file ».
De ce groupe de Vierges à l'Enfant, caractérisée par leur position assises à une époque où ce mode de représentation représente un véritable archaïsme, nous pouvons dresser la liste suivante : Serrabona, Sahorre, Sansa, Talau, Ria, En (Nyer), Amélie-les-Bains, Prunet, Elne (portail de Perpignan), Prats de Molló, Reynes, Sournia, Canaveilles, Vivès, Felluns...

Extraits de l'article de Marie-Pasquine Subes,
"Vierges à l’Enfant assises de style gothique dans les Pyrénées-Orientales",
in Romanes et gothiques : Vierges à l'enfant restaurées des P-O.

Etude technique des oeuvres

Matériaux

L'étude des oeuvres, nous a permis d'observer que 88 % des statues sont en bois.
Celui-ci est utilisé exclusivement dans les zones de la Cerdagne, du Capcir et des Albères, à 90 % dans la plaine roussillonnaise et en Conflent. Ailleurs celles en bois sont présentes dans 80 % des cas, sauf en Fenouillèdes où 43 % sont réalisées en pierre.
Sur les 138 Vierges conservées, il a été possible d’identifier la nature du bois du support pour 101 d’entre elles. Le bois le plus utilisé par les sculpteurs est le peuplier dans près de 40 % des cas ; puis viennent le pin pour 23 %, le noyer pour 19 %, le saule et l’aulne pour à peine 7 %, le châtaignier pour 3 %. Le tilleul n’est utilisé que dans un seul cas, tout comme l’if et le bouleau. Il convient d’être prudent dans les interprétations, notamment pour la répartition géographique des bois utilisés, dans la mesure où certaines zones sont sous-représentées. Néanmoins, il semble que les bois utilisés soient des bois locaux, si l’on se réfère à la carte forestière de l’époque médiévale. Le choix d’une essence peut être mis en relation avec la destination de la sculpture. Ainsi, il a pu être vérifié que les statues installées à l’origine en extérieur sont plutôt réalisées dans des essences résistantes comme le châtaignier ou le noyer.

Dimensions

Nous avons pu relever les dimensions de 144 Vierges. La plus petite (la Vierge à l'Enfant de la chapelle Saint-Roch de la Preste -Prats de Molló-), en bois et assise, mesure 36 cm de hauteur, la plus grande, en bois également, mais debout, 180 cm (Vierge à l'Enfant de l'église paroissiale Saint-Etienne d'Ille-sur-Têt). 78 % des Vierges assises mesurent moins de 80 cm, alors que 47 % des Vierges debout ont une dimension supérieure à 80 cm. La plus grande Vierge assise est celle de Mosset (Vierge à l'Enfant de la porte Sainte-Madeleine de Mosset) qui a une hauteur de 135 cm. À noter que concernant les Vierges en pierre, 15 sont debout et 3 assises.

Evidement

Sur les 120 statues sculptées en bois conservées, 34 sont évidées et 86 pleines.
Parmi celles évidées au revers, 27 ont une cavité sur presque l’ensemble du revers et pour 7 d’entre elles la cavité ne se situe qu’au niveau du trône. Il n’y a pas de corrélation entre ces évidements et la nature du bois utilisé, ni en relation avec la dimension des statues ou la position debout ou assise. Il s’agit donc d’un choix technique du sculpteur, destiné – pensons-nous – à éviter l’apparition de fentes. Certains y ont vu une raison liée à l’utilisation de ces cavités pour y déposer des reliques. Cette hypothèse est à discuter, mais semble peu plausible dans la majorité des cas. D’abord, il n’y a pas vraiment de raison de creuser des cavités aussi volumineuses pour y déposer des reliques. D’autre part ces cavités étaient fermées par un volet qui ne pouvait être ouvert, car bien fixé et recouvert de polychromie. Il existe, malgré tout, trois statues qui semblent bien avoir conservé des reliques. La Vierge de Corneilla-de-Conflent, non évidée, possède à l’arrière une cavité circulaire qui ne pouvait qu’être destinée à accueillir des reliques. De même la Vierge d’Ur, également non évidée, dispose d’une cavité quadrangulaire à l’arrière. Ajoutons la Vierge dels Correchs de Perpignan où nous avons détecté au scanner une cavité cylindrique sur le sommet de la tête.

Sculpteurs et ateliers de production

Aucune étude n’a été conduite à ce jour sur les sculpteurs ou ateliers de production. Les recherches ne nous rien apporté sur les auteurs et la façon de travailler, ni véritablement sur les influences, les sources, les modèles. Il semble bien, à première vue, que l’on ait à faire d’une part à des chefs-d’oeuvre, des modèles types réalisés par des sculpteurs disposant d’une grande culture. Ces oeuvres auraient pu être réalisées dans de grands centres, au sein d’abbayes par exemple, comme c’est le cas pour les enluminures. D’autres statues, plus frustes, furent produites par des artisans locaux à partir de ces modèles insignes. Nous ne savons rien non plus de la relation entre sculpteurs et polychromeurs. Toutes ces Vierges étaient polychromes. Y avait-il une division du travail comme on peut le constater au XVIIe siècle ?

Polychromies originales et repeints

Toutes les Vierges à l’Enfant ont été repeintes, parfois à plusieurs reprises, au cours du temps. Les repeints, parfois de piètre qualité –surtout ceux du XIXe siècle– empâtent les sculptures, modifient leur aspect. Ces repeints n’ont le plus souvent rien à voir avec les couleurs originales ; certaines statues ont même été dorées. Lors des restaurations, il se peut que l’on parvienne à retrouver une polychromie intermédiaire ou, dans de très rares cas, la couche de peinture originale. Actuellement nous ne mettons à jour la polychromie d’origine que si elle n’est pas trop lacunaire, mais lors d’anciennes interventions, des décapages intempestifs ont mis en valeur un état très fragmentaire, nuisible à la compréhension de l’oeuvre. On peut considérer que 7 statues présentent une polychromie largement originale et 3 une couche peinte extrêmement fragmentaire. Au moins 14 Vierges n’ont pratiquement plus de polychromie ; cela est dû à une longue exposition en extérieur ou à des décapages.

Restaurations

Les Vierges médiévales ont pour la plupart été malmenées au cours du temps. Manipulées, habillées à l’aide d’épingles ou de pointes, portées en procession dans des conditions climatiques pas nécessairement favorables, victimes de brûlures de cierges, attaquées par les insectes xylophages, elles ont été réparées, repeintes, souvent à plusieurs reprises.
Au cours du XXe siècle, 59 d’entre elles ont subi des restaurations. Un premier type, que nous qualifierons d’interventions non documentées, concerne 35 statues. L’atelier Mainpomte en a traité 13 dans les années 1950, l’ancien atelier départemental de restauration 9 durant les années 1970-1980, enfin divers intervenants, dont certains ne sont pas identifiés, en ont restauré 13 entre 1956 et 2006. Ces restaurations posent problème, car nous ne disposons d’aucun dossier documentaire, les oeuvres n’ont pas bénéficié d’examens approfondis, nous ignorons en quoi ont consisté les traitements parfois drastiques ainsi que les produits utilisés. Tout au plus nous possédons des clichés antérieurs à leur restauration.
Nous disposons de comptes-rendus de restauration pour 26 Vierges, restaurées depuis 1996. 9 ont été traitées par des restaurateurs libéraux sous le contrôle scientifique de la conservation régionale des monuments historiques. 17 statues ont été restaurées par le CCRP. Seules les Vierges traitées par le CCRP ont bénéficié d’une étude et d’examens très approfondis. La restauration a pour but d’assurer une bonne conservation future de l’oeuvre et de lui rendre une lisibilité perdue tout en respectant son histoire et son usage.

Publication


"Vierges médiévales de Catalogne : mises en perspectives" suivi du "Corpus des Vierges à l'Enfant (XIIe - XVe siècles) des Pyrénées-Orientales", ouvrage collectif sous la direction de M.P. Subes et J.B. Mathon, paru aux éditions des Presses Universitaires de Perpignan (32 €).

Contact

Direction du Patrimoine et de la Catalanité
Maison de la Catalanité, de la Culture et du Patrimoine
11 rue Bastion Saint Dominique
66000 Perpignan
Tel :  04 68 08 29 30

Centre de Conservation et de Restauration du Patrimoine
150 avenue de Milan
Zone St Charles
66000 Perpignan
Tel. 04 68 85 89 40
Fax. 04 68 54 45 61

Responsable
Jean-Bernard MATHON

Pyrénées Orientales : l'accent catalan de la république française
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66009 - Perpignan Cedex

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